Droit immobilier · Construction

Malfaçon en construction : recours contre le constructeur et garanties légales

Par Me Romain Chalard·24 fevrier 2026·6 min de lecture

Illustration droit immobilier - malfaçon construction et recours

La construction d'une maison individuelle ou l'achat d'un appartement en VEFA (vente en l'état futur d'achevement) engage de nombreux professionnels, chacun responsable de ses prestations. Lorsque des malfaçons apparaissent apres la reception des travaux, plusieurs garanties légales protegent le maitre d'ouvrage, avec des durees et des perimetres distincts. Connaitre ces garanties est essentiel pour agir dans les bons délais et contre les bons intervenants. Notre service dédié au droit de la construction vous accompagne dans vos recours.

La reception des travaux : acte fondateur

La reception des travaux est l'acte par lequel le maitre d'ouvrage declare accepter l'ouvrage, avec ou sans réservés. C'est à partir de cette date que courent toutes les garanties légales. La reception peut être expresse (proces-verbal signe) ou tacite (prise de possession du bien avec paiement du solde). La distinction est importante : une reception tacite peut être invoquee par le constructeur pour faire courir les délais de garantie meme si aucun PV n'a ete redige.

Lors de la reception, le maitre d'ouvrage doit formuler ses réservés par écrit pour tous les defauts apparents. Un defaut visible et non réservé à la reception ne peut plus être couvert par la garantie de parfait achevement. En revanche, les desordres qui ne se revelent qu'apres la reception restent couverts par les garanties biennale et decennale.

La garantie de parfait achevement (1 an)

La garantie de parfait achevement (art. 1792-6 C. civ.) oblige l'entrepreneur a remedier, dans le délai d'un an à compter de la reception, à tous les desordres signales lors de la reception ou notifies par lettre recommandee pendant l'annee qui suit. Son champ d'application est tres large : elle couvre tous les defauts, meme mineurs, qu'ils soient apparents ou non au moment de la reception. La seule exception concerne les degradations resultant de l'usure normale ou de l'utilisation anormale du bien.

En pratique, la mise en oeuvre commence par une LRAR adressee à l'entreprise concernee, lui demandant d'intervenir dans un délai raisonnable. Si elle ne repond pas ou refuse, le tribunal judiciaire peut être saisi pour obtenir la condamnation a effectuer les travaux, ou pour autoriser le maitre d'ouvrage a faire realiser les travaux aux frais de l'entrepreneur defaillant.

La garantie biennale de bon fonctionnement (2 ans)

La garantie biennale (art. 1792-3 C. civ.) couvre pendant deux ans à compter de la reception les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage, c'est-a-dire les éléments qui peuvent être enlevees ou remplaces sans deteriorer la structure du batiment. Cela comprend typiquement la chaudiere, les volets roulants, les robinets, les radiateurs, les interphones, les cloisons mobiles, et les revetements de sol non colles.

Cette garantie est souvent negligee car son délai de deux ans est percu comme court. Pourtant, c'est la voie appropriee pour les pannes et dysfonctionnements d'équipements survenant dans les deux ans de la reception, avant meme que la garantie decennale ne soit pertinente.

La garantie decennale (10 ans)

La garantie decennale (art. 1792 C. civ.) est la plus connue. Elle couvre pendant dix ans à compter de la reception les dommages qui compromettent la solidite de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Les malfaçons concernees sont les fissures structurelles, les problèmes d'etancheite affectant la solidite, les defauts de fondations, les effondrements de dalles ou de toitures, et en général tous les desordres graves affectant la structure porteuse.

La responsabilité decennale est presumee : le maitre d'ouvrage n'a pas a prouver la faute du constructeur, seulement l'existence du desordre et son caractere grave. Le constructeur peut s'exonerer uniquement en prouvant une cause étrangère (force majeure, fait du maitre d'ouvrage, fait d'un tiers). Tous les constructeurs sont tenus à cette garantie : architecte, entrepreneur général, sous-traitants intervenus sur le gros oeuvre, bureau de controle.

Assurance dommages-ouvrage : le maitre d'ouvrage doit souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier. Elle permet d'être indemnise rapidement, sans attendre la determination des responsabilités entre constructeurs. L'assureur dommages-ouvrage se retourne ensuite contre les responsables. L'absence d'assurance dommages-ouvrage est une infraction pénale pour les professionnels et oblige le particulier a financer lui-meme les reparations avant d'obtenir un remboursement judiciaire.

VEFA : specificites pour l'acheteur en état futur d'achevement

L'acheteur d'un logement neuf en VEFA beneficie des memes garanties decennale et biennale que le maitre d'ouvrage, car il se substitue a lui lors de la reception. Il dispose en plus de la garantie financiere d'achevement du promoteur (GFA), qui assure que la construction sera terminee meme en cas de defaillance du promoteur. La reception en VEFA est cruciale : le notaire etablit un PV de livraison, et le constat de tous les defauts apparents doit être fait minutieusement.

En VEFA, les réservés formulees lors de la livraison doivent être levees dans un délai convenu par le promoteur. Si elles ne le sont pas, le solde du prix (5 % généralement) peut être consigne chez un notaire jusqu'à l'achevement des travaux réservés. C'est un levier de pression efficace que de nombreux acheteurs ignorent.

Expertise judiciaire et procédure

Face à des malfaçons, la première étape est toujours de constituer un dossier de preuves : photos datees, rapports d'experts prives, correspondance avec le constructeur. Ensuite, une mise en demeure par LRAR est necessaire pour constater le refus ou l'inaction du constructeur. Si le dialogue est impossible, l'expertise judiciaire en référé permet de faire constater les desordres de manière contradictoire et d'interrompre les délais de prescription.

Le lien avec les vices caches dans la vente immobiliere est parfois delicat a etablir : dans un immeuble neuf, les malfaçons relevent des garanties constructeur ; dans l'ancien, elles relevent plutôt de la garantie des vices caches entre vendeur et acheteur. Les deux regimes peuvent cependant se cumuler si l'acheteur achete un bien neuf revendu peu apres sa construction initiale.

Les délais de garantie courent : ne laissez pas vos droits s'eteindre

1 an, 2 ans, 10 ans : chaque garantie à son horloge. Me Romain Chalard vous aide a identifier laquelle s'applique et a agir dans les temps.